UN JOURNAL EN PALESTINE

Extrait

Ecrit entre 2013-2014

22h11 ; heure locale à Ramallah. Le vent en rafales des sacs volent. Le mégot n’arrive pas à atteindre le sol. La nuit tombe. Des enfants jouent dans le terrain vague. Ils courent, dispersés, agités, énervés. Ils se rapprochent entre eux, maintenant spirale. Tournent, tournent, tournent le vent s’accentue, ses cheveux tombent. Fort, épais. Le vent se rassemble là-bas. Les pieds des enfants ne touchent plus le sol.

9h30, Vendredi 5 avril, Ramallah

De l'intérieur la rue, des voitures, des klaxons, des voix fortes. Une langue inconnue. Atmosphère retentissante. Des percussions, un tambour, TAM-TOUM, TAM-TOUM. Bondir. Aussitôt échos échos échos, tous les échos. Une voix d'homme à demi chuchotée, à demi chantée couvre progressivement. Douce, épaisse, répète, continue. Elle n'entend plus qu'elle. Le silence. On écoute.

 

Le climat est mon atelier. Chaque jour, chaque seconde, avec lui, à partir de lui.

 

Le 6 avril, quelque part avant le lever du soleil. Le jour est une prière de rue qu’elle entend dans la chambre.

Dimanche 7 Avril, Ramallah, 10h30

Temps clair, Rond jaune. C'est tout. 34°C, vent sud- sud- ouest 13 km/h, rafales-

La radio chante l'arabe.

 

Écrire parce que les mots sont légers, nuages. Le climat partout et je suis ici.

Lundi 8 Avril, Kalandia, 16h00. Tempête de sable. Soleil voilé. Éclate. Le mur, du gris, des enfants jettent des pierres. Casques, mitraillettes. Des soldats qui ont des têtes de poupées Barbie. Le vent, du brouillard de sables. Le vent fracasse tout. De la ferraille tombe. Le soleil toujours. Rond, net. Imperturbable. Il va ou il veut.

 

Mardi 9 Avril 2013, 23h26,

Ramallah Le vent du soir. Laisser le vent du soir décidé. ...Au vent mauvais.

La musique la suit. Quelque chose comme l'équilibre d'une balance; un silence.

Ce n'est pas elle qui compte, ni le monde; mais ce silence entre eux.

 

Mercredi 10 Avril, Nablus.

19h Vers le soir, elle gravie les pentes qui mènent au village. Le vent fort en face.

Le soleil encore.

Elle se sent lourde comme la terre.

 

Hébron, 11 Avril 2013 ; le soleil frappe; sa tête brûle.

 

Vendredi 12 Avril, 19h, Les collines de Ramallah Elle écrit.

Ahrmad regarde. - Why Ahrmad? Il voit qu'elle écrit son nom. Elle arrête d'écrire. Il la regarde. Ahrmad se questionne. Le crépuscule en face, détendu et sonore. Un silence entre eux. Son coeur se serre.

 

Samedi 13 Avril, Ramallah 22h30

Tout en haut. Dans le nuage. Du vent. Elle est un peu comme si elle volait au-dessus de petits nuages alto cumulus cotonneux la nuit. Il est sept heures du matin et le soleil se lève. Une lumière jaune, déjà éblouissante, s'écrase sur les galets. Le sentier qu'elle gravit est jonché de broussailles sèches qui griffent. A force de marcher, il lui semble que les plantes s'accrochent à ses jambes pour ramper maintenant le long de son corps. Elle ne sait pas encore qu'elle est en train de s'enfoncer dans le désert.

 

Lundi 15 Avril, Ramallah Le vent a cessé. Le soleil brille.

 

Mardi, 12h53 Il fait froid, le ciel est complètement blanc. Elle est seule ici. Elle branche la radio à plein volume.

 

Mercredi 17, 20h00, Ramallah Assise.

La salle est grande. La foule discute; un bruit en nappe résonnante, étouffée. Progressivement elle oublie. La fatigue. Tout son corps endormi comme quand on reste trop longtemps dans la même position et qu'une jambe est oubliée.

 

Kufornama, jeudi 18 Avril, 00h00 Le chien aboie.

Le froid. La fenêtre sans vitre; le vent la frôle partout. Des bourrasques, des fracas de tôle - comme dans les histoires de fantômes. Des bruits de mitraillettes au loin s'étouffent dans le paysage noir.

 

Vendredi 19, The Dead Sea, 14h50 Des flots de soleil rebondissent brutalement sur la mer. Ici les corps nus. La musique est forte. Les cocktails s'allongent sur le bar, des pailles, les palmiers.Le barbelé plonge dans la mer.De l'autre coté.

 

13h40, samedi 20, Ramallah. La pluie clapote. Forte. Le ciel foncé, lourd. Soudain le boum! Tout tremble. Ploc ploc ploc! La pluie. Son cœur boum! à l'intérieur.

 

22h56, Nuages épars. La brume. 11°C, ressentie 7°C. Les rues sont vident. Vent 14 km/h. Les chats fouillent la poubelle. Rafales.

Ceci est la vie vue par la vie. Mais maintenant j'oublie comment capter ce qui arrive, je sais ce qui existe ici qu'en vivant chaque chose qui surgit et n'importe quoi.

 

Dimanche, 18h00, Ramallah, La pluie est fixe. Tout autour d'elle une vapeur trouble. Il lui semble qu'elle respire de l'eau. Je bois l'air.

 

Lundi 22 Avril 2013, Ramallah, 00h00 Temps clair, 14°C, vent 10 km/h nord-est. Rafales

 

Mardi 23 Avril 2013, The International Academy of Art-Ramallah, 16h21 Elle tourne, tourne et tourne autour d'elle-même jusqu'à s'étourdir sur le sol. Le soleil là-haut éblouie partout. Mon regard n'arrive pas à se poser. Le soleil est dans ses yeux et partout où ils s'étourdissent. Je suis presque libre de mes erreurs.

 

Elle marche au bord du 24 avril. Ses pieds elle les voit glisser. Le soleil s'éclate sur le bitume. Étourdie. Elle disparaît dans mon nuage intérieur et oublie ses pas.

 

Jeudi 25 Avril, The International Academy of art, 15h

Un énorme rond plein. La lumière est blanche. Le soleil au zénith. Du vent. À peine.

 

28 Avril, Kufurnama, 20h Des chiens aboient. Une meute coure et s'écrase dans l'écho de la colline. Le vent souffle fort. Les bourrasques de vent font tourner les flammes.

 

Mardi 30 Avril, Ramallah, 17h00 Aujourd'hui le temps est claire; le blanc qui éblouie aussi l'ombre. Soudain : rafale.

 

Et j'écris rond, emmêlé et tiède, mais parfois glacé comme les instants frais.

 

11h06 éblouie. Elle avait oublié. Tourné vers le ciel son visage se chauffe, elle le ressent ; il est rond. Les yeux fermés ses yeux en flammes à l'intérieur.

 

Le 1er à Ramallah, il est 13h. Des rues, des carrefours, des hommes escortés par l'hymne Russe. Le ciel se découvre de ces nuages. En dessous elle aperçoit son bleu.

 

23h30, Ramallah La rue dégage une odeur de goudron mouillé mais il ne pleut pas. Le bitume est sec.

 

Samedi 4 mai, Jérusalem, 16h20 Hors de ce jardin, si vert et si fertile, elle imagine un paysage aride. Assise sur un banc en plein soleil. L'air frais caresse doucement. Elle imagine les collines derrière elle. Tout en étant ici elle est étonnée d'être dans un jardin semblable à celui de son rêve. Elle voit les gens blancs. Aujourd'hui elle n'entend plus le chant de l'homme dans l'air.

 

Dimanche 5 mai, Ramallah, 13h06

Le lampadaire n'éclaire que le sol du lampadaire.

Et si je dis «je» c'est parce que je n'ose pas dire «tu».

 

Mardi 7 mai, Jéricho, 15h40 Le soleil coule. Un oasis sec de palmiers posé ici. Les collines de sable encerclent, la chaleur étouffe. L'espace se réduit à mesure que ses pieds avancent.

 

Mercredi 8 mai, Jérusalem, 13h56 Le ciel est vide et rien ne bouge.

 

Jeudi 9 mai, 22h45, Ramallah Les détonations. Un enchainement de feux s'écrase sur le mur. Juste en face. Les enfants rigolent et envoient les pierres qu'ils trouvent à leurs pieds. Les chats grondent et détalent. En haut les voix graves chantent en cœur.

 

Vendredi 10 mai, 21h20, Ramallah Un grand boum! Le sursaut.

 

Samedi 11 Mai, Jérusalem, 19h12 Le mur. Marcher sur le mur étroit, jaune et blanc, son front plein de plis, plein de plis. Le labyrinthe qui avance tout droit. Glisse la rambarde Glisse. Et décline. Nuit, le chemin se rétrécit, la ville s'appuie contre elle, elle contre le vent souffle en continu; ne plus respirer. Le chemin du mur s'allonge; s'allonge; s'allonge...

 

12 Mai 2013, Ramallah, 18h54 Il fait un peu froid quand le nuage vient. Rien de spécial. Il fait un peu chaud quand le vent se calme.

 

Haïfa, lundi 13 Mai, 17h04 Un choc mou et lourd en plein milieu du haut de sa tête. Alors elle voit une grosse goutte qui s'écrase sur le béton chaud. Irrégulière. Maintenant rapide, de plus en plus rapide. La pluie écrase. L'odeur chaude du béton s'évapore à mesure que la pluie s'accélère. Forte. Une désagréable mauvaise odeur emplie l'atmosphère. Comme une pression qui pousse dans l'air. L'odeur empêche de bien respirer.

 

Mardi 14 Mai 2013, Jéricho, 23h59 Des sursauts de rayons de lumière s'approchent. Ils sont comme des yeux qui cherchent dans le noir et qui ne voient pas. On danse. La musique est très forte. La fumée passe dans les rayons, épaisse, dense, danse la joie! Le vent doux à l'odeur de la rivière, enivre. Enivrés; les corps qui ondulent.

 

Jeudi, 23h00 Israël arrête. Les mains sur le capot chaud qui brûle. La lumière est bleue, les visages sont pâles. Les collines noires encerclent. La lampe en pleins ses yeux maintenant. Elle ne voit plus rien. Sous la poussière les yeux se croisent. Minuit, Il la regarde pour lui parler. Ses yeux sont ronds comme effrayés. Le choc frappe toujours dans les esprits. La route ondule, étroite; et il oublie. Et, choc! Encore Des sursauts. Tous les sursauts. Le pneu crevé.

 

Samedi 18 mai 2013, Ramallah, 17h40 Le soleil est voilé mais aucun nuage. La poussière, la tête baissée. Le vent; 14,48 KPH. Rafales!

 

Dimanche dix-neuf mai à Hébron 'est le calme. Le soleil fort. Ça sent le feu. Elle a peur pour rien. La chaleur toute s'appuie sur elle. Le grillage juste au dessus de sa tête.

 

Birzeit 31° 58' N35° 11' 44'' est un petit village situé au centre de la Cisjordanie : du vent. La lumière bouge. Des ombres d'ailes géantes tournent alors au dessus d'elle. Des papillons s'agglutinent autour de l'ampoule. Elle croit maintenant qu'un d'entre eux peut s'agrandir et l'envelopper de ses ailes. Elle croit qu'il m'emmène dans la nuit. Il est 17h, le 3 mai et « je suis ici ».

Pauline Bessières