AZIMUTS, UN JOURNAL EN PALESTINE

Dispositif performé

Sons, vidéo, photographies, table de dessins, logiciel de traitement de texte, bureau, chaise

Dimensions variables

2016

 © 2015 Pauline Bessieres - capture de la vidéo projetée pendant la performance, Espace Saint Charles

Lors de mon séjour en résidence en Palestine, il m’est apparut que les questions de temps, toujours semblables car la situation des Palestiniens n’évolue pas et les questions d’espace du territoire qu’ils parcourent en tout sens et dont ils ne peuvent pas sortir étaient prépondérantes. Un journal m'a semblé adapté pour rendre compte de cela car il porte de manière claire une scansion du temps et qu’il est aussi une mesure de surface.
Les différents objets qui constituent l’installation ont été construits et composés pour les relations qu’ils entretiennent entre eux. Ils forment un tout. Les textes dits répètent un même motif et scandent des journées toutes semblables. Les images montrent des espaces peu habités, en devenir ou abandonnés.

Je voulais éviter une forme de performance événementielle qui aurait pu interrompre le processus d’appropriation des éléments de récits donnés aux spectateurs. Pour cela, ma présence est muette et mes actions fonctionnelles. Ainsi, j’appartiens à la fiction en train de se construire et ma présence est proche de celle des spectateurs qui ont aussi la possibilité de s’attarder et de privilégier la saisie de tel ou tel indice ou couche de représentation. Il arrive que ma présence se fonde dans le décor. Je peux aussi apparaitre comme le conteur du récit en train de se former. Lors de la séquence finale, ma présence se superpose à celle du personnage désigné par « Elle » dans les textes.

 © 2015 Pauline Bessieres - vidéo montage de la performance

« En ce temps là le monde était rond et on pouvait tourner tout autour en rond et en rond.»

Gertrude Stein, Le Monde est rond.

Avant de partir j'avais déjà entrepris de noter ma présence au monde et mon activité artistique en différents points du monde. Je voulais m’intéresser aussi à découvrir des lieux parcourus de forces. Je voulais les localiser, les regarder, étudier ce qui dans le paysage venait à moi et me transformait. À ce moment j'imaginais pouvoir être le médium à travers lequel ces forces allaient passer du paysage à travers moi pour se transformer en objet visible.

 

« En ce temps là le monde était rond et on pouvait tourner tout autour en rond et en rond.» « Si le monde est rond un lion en tomberait- il ? »

Gertrude Stein, Le monde est rond.

 

La Palestine est un territoire qui saisit. Il produit un effet addictif et modifie celui qui y séjourne. Le contexte politique réel et fantasmé semble saisir les habitants. Pour celui qui y passe, en essayant d'y faire preuve d’empathie, il devient presque impossible de ne pas se sentir immerger. Je ramène de ce voyage des images prises en caméra portée à la main, des dessins et des textes qui signalent ma présence en ce territoire. Tous les gestes que j'ai pu accomplir : prise de vue, écriture, prélèvements ont été des gestes rapides, volés au contexte et aux nécessités de l'accompagnement et de l’empathie. Il en résulte des qualités d'image influencées. Étouffées par l'air, plus d'air. Parce que finalement tout partait de moi presque oppressée. Je suis devenue une caméra subjective. Impressionnée et impressionnable. Étouffée moi même, j'ai produit des images où le « je » de celui qui agit, qui vit, qui prélève, qui écrit et qui filme prédomine. Où le « je » de celui qui produit des objets artistiques éponge à ce qu'il voit et à ce qu'il vit, sans espace. Rapporter des objets où aucun espace n'est donné à celui qui regarde. Il ne peut voir autre chose que ce que j'ai vécu. La nature de mon activité artistique s'en est donc trouvée modifiée.

Pauline Bessières